Comment être éligible au dispositif Monuments Historiques ?

Cher lecteur, il est essentiel de comprendre que certaines lois offrent une synergie unique entre la responsabilité citoyenne et les avantages fiscaux. 

La Loi Monuments Historiques (MH) incarne parfaitement cette dualité, en se positionnant comme un pilier essentiel dans la politique de préservation du patrimoine français.

Cette législation, d’une importance capitale, vise à conserver et à restaurer notre patrimoine architectural et culturel tout en vous offrant des incitations fiscales significatives aux contribuables Français propriétaires de ces biens d’exceptions. 

Vous êtes propriétaire ou envisagez de le devenir, sachez que le dispositif fiscal des Monuments Historiques s’applique non seulement aux immeubles classés ou inscrits au titre des monuments historiques, mais aussi à ceux bénéficiant du label de la Fondation du patrimoine ou, sous conditions spécifiques, d’un agrément ministériel, voyons ensemble quels sont les critères d’éligibilité à la loi Monuments Historiques.

Quels sont les objectifs de la loi Monuments Historiques ?

La Loi Monuments Historiques est un dispositif législatif fondamental, dont l’origine remonte à près de 100 ans (initialement la loi de 1913, ayant subi de nombreuses modifications). 

Son objectif principal est de susciter l’engagement des propriétaires dans la restauration et l’entretien des biens immobiliers classés ou inscrits, en raison de leur valeur architecturale, artistique ou historique exceptionnelle.

Vous pouvez lire ici la définition complète du dispositif Monuments Historiques.

En investissant dans l’immobilier en Loi Monuments Historiques, vous participez activement à la transmission de notre patrimoine aux générations futures, créant ainsi un lien tangible entre le passé et le présent. 

Il s’agit d’un engagement pour la préservation du patrimoine culturel qui transcende les considérations financières.

Quels sont les avantages fiscaux offerts par ce dispositif ?

L’un des aspects les plus intéressants de la Loi Monuments Historiques, c’est d’offrir des avantages fiscaux attrayants pour inciter les contribuables fortement imposés à investir et préserver le patrimoine Français exceptionnel.

La loi Monuments historiques donne 2 avantages de tailles, un déficit foncier généré déductible sans limites et une transmission à vos héritiers exempts de droits de succession. 

Une déduction intégrale et sans plafonnement

Le mécanisme central de la loi Monuments Historiques est la génération et l’imputation d’un déficit foncier. 

Contrairement à de nombreux autres dispositifs de défiscalisation, la loi Monuments Historiques offre une déduction fiscale complète et déplafonnée :

Déduction des charges de restauration et d’entretien : toutes les dépenses liées à la restauration et à l’entretien de votre ou vos biens classés ou inscrits au titre des monuments historiques sont déductibles de votre revenu imposable (c’est-à-dire de votre revenu global) : 

  •  Déduction à 100 % : elle s’applique si votre immeuble classé ou inscrit au titre des Monuments Historiques et s’il est ouvert au public (qu’importe s’il produise ou non des revenus). La déduction est également totale si les travaux ont été exécutés ou subventionnés par l’administration des affaires culturelles.
  • Déduction limitée à 50 % : si votre immeuble est classé ou inscrit au titre des Monuments Historiques qu’il est fermé au public et que les travaux ne sont pas subventionnés. Sont déductibles les travaux de réparation et d’entretien 

Déduction des intérêts d’emprunts : les intérêts d’emprunts contractés pour l’acquisition du foncier et pour la réalisation des travaux sont par ailleurs déductibles à 100% de votre revenu global. Si votre bien est labellisé Fondation du patrimoine uniquement, les intérêts ne sont alors pas déductibles.

Si ce déficit réduit à zéro votre revenu global et qu’il vous reste encore un reliquat de déficit à imputer, celui-ci peut s’étaler sur plusieurs années. 

L’excédent de déficit généré est reportable sur six années consécutives.

Point clé de distinction : la défiscalisation que vous avez obtenue avec la loi Monuments Historiques ne rentre pas dans le calcul du plafonnement des niches fiscales. Cela permet aux propriétaires de bénéficier de déductions fiscales substantielles sans limites, offrant une incitation financière sans entraves pour la préservation de ce patrimoine d’exception.

Une transmission exonérée de droits de succession

Sous condition de respecter une convention passée avec le ministère de la Culture et des Finances, les immeubles classés ou inscrits sont exonérés de droits de donation et de succession.

Pour cela, les ayants droit doivent cependant s’engager, dans le cadre de cette convention passée avec les ministères de la Culture et des Finances, à la conservation des éléments protégés et à l’entretien du bien. En outre, le maintien de l’exonération est conditionné à l’ouverture régulière du monument au public, selon des modalités qui sont définies avec précision dans la convention elle-même.

Quels sont les critères d’éligibilité pour profiter de la loi Monuments Historiques ?

Avant d’envisager les avantages offerts par le dispositif MH, vous devez satisfaire tous les critères rigoureux qui régissent l’éligibilité à ce dispositif.

Votre profil d’investisseur (Le « Qui »)

Votre résidence fiscale : vous devez être résident fiscal Français pour bénéficier des avantages fiscaux. Les personnes domiciliées fiscalement hors de France (Polynésie Française, Monaco, etc.) sont exclues, à l’exception notable des contribuables devenus non-résidents après l’acquisition, qui peuvent conserver le bénéfice de la réduction d’impôt restante à courir depuis le 1er janvier 2026.

Votre statut d’investisseur : vous devez être un particulier (personne physique). Les sociétés et personnes morales sont exclues.

Détention en SCI : l défiscalisation peut être accordée aux associés d’une Société Civile Immobilière (SCI), à condition que cette SCI ne soit pas soumise à l’Impôt sur les Sociétés (IS) et que les associés relèvent de l’Impôt sur le Revenu (IR). En cas de SCI, les associés doivent conserver leurs parts durant 15 ans. La détention en SCI est autorisée sans ces 2 cas spécifiques : 

  1. S’il s’agit d’une société civile familiale (constituée entre membres d’une même famille). 
  2. S’il s’agit d’une société civile détenant un immeuble affecté à l’habitation pour au moins 75 % de ses surfaces habitables (cette disposition s’applique aux immeubles acquis à compter du 1er janvier 2018)

Indivision ou démembrement : l’investissement est possible en indivision, les avantages sont en revanche accordés à hauteur de la quote-part respective des propriétaires. Il est également possible de démembrer le bien (usufruitier/nu-propriétaire).

Le statut du bien (Le « Quoi »)

L’immeuble concerné doit être un joyau national et doit :

  • Soit classé ou inscrit au titre des Monuments Historiques par le ministère de la Culture.
  • Soit faire partie du Patrimoine National en raison du label délivré par la Fondation du patrimoine, si ce label a été accordé après avis favorable de l’Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine (UDAP). Ce label est subordonné à la condition que l’immeuble soit visible de la voie publique.
  • Soit faire partie du Patrimoine National en raison de son caractère historique ou artistique particulier, s’il a été agréé par le ministre de l’Économie et des Finances et qu’il est ouvert au public. Attention : ce dispositif ne s’applique que pour les agréments qui étaient en cours au 1er janvier 2014 et jusqu’à leur terme, car tout nouvel agrément est exclu depuis cette date

À ne pas confondre : les immeubles construits sur des sites classés ne sont pas éligibles, à moins qu’ils ne soient eux-mêmes classé ou inscrit au titre des Monuments Historiques.

Quelles sont les obligations et la procédure de restauration ? 

Le bénéfice des avantages fiscaux repose sur un engagement strict envers la préservation du bien.

Un engagement de conservation à long terme

L’une des conditions fondamentales pour profiter de votre avantage fiscal, c’est votre engagement à conserver la propriété de l’immeuble durant une période d’au moins 15 ans à compter de l’acquisition. 

Si vous ne respectez pas cette obligation de propriété, l’administration fiscale peut annuler le bénéfice de votre avantage fiscal.

La sanction en cas de rupture : en cas de non-respect de l’engagement de conservation de 15 ans, le revenu global ou le revenu foncier net de l’année de la rupture et des deux années suivantes est majoré du tiers (1/3) du montant des charges imputées au titre des dépenses réalisées relatives à l’immeuble cédé.

Les travaux de restauration

La qualité et la nature des travaux : vous devez vous engager à réaliser les travaux de restauration nécessaires. Ces travaux, qui peuvent inclure des travaux sur la toiture, les murs extérieurs, ou l’amélioration de l’habitation (sauf agrandissement), doivent être réalisés conformément aux normes strictes de conservation et « dans les règles de l’art ».

Un contrôle et un suivi : vous n’êtes pas libre de faire ce qu’il vous plait, l’édifice demeure placé sous la surveillance du Ministère de la Culture. Les travaux doivent obligatoirement être suivis par un Architecte des Bâtiments de France (ABF). Cet accord obligatoire pour obtenir le permis de construire.

L’autorisation préalable : vous devez obtenir une Autorisation Spéciale délivrée par le Préfet (ASP) ou faire une pré-déclaration de travaux pour obtenir l’accord des pouvoirs publics avant d’entamer les travaux. Pour un bien classé, les travaux ne peuvent débuter qu’après l’obtention d’une autorisation et se dérouler sous le contrôle de l’Administration.

À votre initiative : vous devez être à l’initiative des études architecturales, des travaux et des démarches administratives.

Fin de l’opération : une fois les travaux payés, vous devez joindre à votre déclaration annuelle de revenus le détail des sommes versées, la date de paiement, la nature des travaux et le bénéficiaire des versements (attestations de facture). Vous devez par ailleurs joindre l’avis de classement ou d’inscription du bien au moins la première fois.

La démarche administrative et fiscale

La première étape essentielle est de vous assurer de l’éligibilité du bien

Celle-ci est établie lorsque vous faites l’acquisition d’un bien déjà protégé, ou en entreprenant vous-même les démarches pour votre bien soit officiellement classé ou inscrit au titre des Monuments Historiques par le ministère de la Culture. 

Seule une inscription effective assure une déduction fiscale.

La procédure des travaux

Dès lors que votre bien est protégé et que les travaux planifiés, vous devez obtenir l’accord des pouvoirs publics, n’oubliez pas que l’édifice demeure sous la surveillance du Ministère de la Culture. 

Les travaux de rénovation ne peuvent débuter qu’après avoir obtenu une autorisation et doivent se dérouler sous le contrôle strict de l’administration

Toute transformation du bien nécessite l’accord préalable du ministère de la Culture.

Les obligations déclaratives

Pour bénéficier de votre avantage fiscal, vous devez remplir correctement les déclarations fiscales qui vous incombent. 

Vous devez utiliser le formulaire 2044-MH (si votre bien est ouvert au public) et joindre à votre déclaration annuelle :

  • Le détail des sommes dont la déduction est demandée pour justifier de la réalité et du montant des travaux.
  • La date de l’arrêté ou de la décision qui a classé ou inscrit l’immeuble, au moins pour la première déclaration.
  • Le cas échéant, l’attestation de l’Administration des affaires culturelles si des subventions ont été accordées.

Voir tous les inconvénients de la loi Monuments Historiques.

Quelles sont les conditions d’usage du bien ?

C’est sur les conditions d’usage que la loi Monuments Historiques se distingue, vous disposez en effet d’une liberté de gestion appréciable.

La location vs l’occupation

Contrairement à d’autres dispositifs, la location du bien n’est pas obligatoire. Vous pouvez choisir d’y résider, de l’utiliser comme résidence secondaire, ou le mettre en location.

Si vous optez pour la location après avoir effectué des travaux éligibles, le logement doit obligatoirement être loué en location nue (non meublée). La location meublée est interdite.

De plus, un engagement de location nue de trois ans doit être joint lors de la première déclaration fiscale consécutive à l’opération. 

Notez qu’il est possible de louer le bien à vos enfants ou parents, à condition qu’ils ne fassent pas partie du même foyer fiscal que vous.

Une fiscalité modulée par l’ouverture du bien au public

Le niveau de déduction des charges restantes va dépendre de l’usage que vous en faite et si le bien est ouvert au public ou non. 

Si l’ouverture est gratuite au public (ou aucune recette) : si aucune recette n’est générée (bien non loué, non ouvert ou ouvert gratuitement), 100% des charges restantes (hors travaux subventionnés ou de réparation) sont déductibles de votre revenu imposable, à condition que l’immeuble soit ouvert à la visite au moins 50 jours par an (dont 25 jours fériés, d’avril à septembre) ou 40 jours pendant les mois de juillet, août et septembre.

Si le logement est mis en location : il doit être mis en location nue, vous devez imputer d’abord la totalité des charges sur vos revenus fonciers. Par dérogation aux règles habituelles, le déficit éventuel généré (charges > recettes) peut être imputé sur le revenu global sans limitation de montant. L’excédent de déficit est reportable sur le revenu global des six années suivantes.