Vendre son entreprise : combien d’impôts sur la plus-value ?

Vendre son entreprise : combien d’impôts sur la plus-value ?

Vous avez mis des années à construire votre entreprise, et le moment de la céder approche. La question qui arrive immédiatement après le prix de vente, c’est celle de l’impôt : combien le fisc va-t-il prendre sur votre gain ? La réponse dépend de plusieurs paramètres que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard dans le processus.

Voyons ça ensemble.

Qu’est-ce que la plus-value de cession et comment elle se calcule ?

La notion de plus-value de cession paraît simple en apparence. Dans les faits, le calcul est plus subtil qu’il n’y paraît, et une mauvaise estimation du prix de revient peut fausser toute votre stratégie fiscale avant même d’avoir signé quoi que ce soit.

Ne confondez pas vente de titres et vente d’actifs

La première question à trancher est celle de l’objet de la cession. Vendez-vous les titres de votre société (vos actions ou parts sociales) ? Ou vendez-vous les actifs de l’entreprise, c’est-à-dire son fonds de commerce, son matériel, sa clientèle ?

Ce n’est pas la même chose sur le plan fiscal. La vente de titres relève du régime des plus-values mobilières des particuliers si vous êtes une personne physique, avec une imposition par défaut au prélèvement forfaitaire unique. La vente d’actifs, elle, génère des plus-values professionnelles soumises à des règles spécifiques selon que votre entreprise est à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés. Le choix entre les deux modes de cession a des conséquences fiscales considérables, et il se négocie souvent avec l’acheteur bien en amont de la signature.

Le prix de revient : le chiffre sous-estimé par les dirigeants

La plus-value se calcule simplement : c’est la différence entre le prix de vente et le prix d’acquisition de vos titres ou actifs. Mais ce prix d’acquisition mérite qu’on s’y attarde. Il correspond à ce que vous avez réellement payé ou apporté lors de la création ou de l’entrée dans le capital, et non à la valeur actuelle que vous attribuez intuitivement à votre participation.

Si vous avez souscrit vos parts lors de la création de votre société pour 10 000 € et que vous les cédez aujourd’hui pour 800 000 €, votre plus-value imposable est de 790 000 €. C’est sur cette base que l’impôt sera calculé, avant application de tout abattement ou exonération. Certains frais d’acquisition et certaines dépenses peuvent venir diminuer cette base, ce qui rend l’accompagnement d’un expert-comptable ou d’un avocat fiscaliste indispensable avant toute valorisation.

Quelle imposition s’applique selon votre situation ?

Le régime fiscal applicable dépend avant tout du statut de votre société : est-elle soumise à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu ? La réponse conditionne entièrement la façon dont votre plus-value sera taxée, et donc le montant net que vous toucherez réellement.

Vous êtes à l’IS : le régime de droit commun et la flat tax

C’est la situation la plus fréquente pour les dirigeants de PME structurées en SARL ou SAS. Lorsque vous cédez vos titres d’une société soumise à l’IS, la plus-value est imposée par défaut au prélèvement forfaitaire unique, communément appelé flat tax. Depuis le 1er janvier 2026, ce taux global s’établit à 31,4% (contre 30% auparavant), suite à la hausse de la CSG de 1,4 point introduite par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Il se décompose en 12,8% d’impôt sur le revenu et 18,6% de prélèvements sociaux.

Reprenons l’exemple de la plus-value à 790 000 € : au PFU, l’impôt théorique avant tout abattement serait de l’ordre de 248 000 €. C’est le point de départ, avant d’examiner si vous pouvez bénéficier de dispositifs réducteurs. Si vous planifiez votre cession en 2026, c’est bien ce taux de 31,4% qu’il faut intégrer dans vos simulations.

Vous êtes à l’IR : court terme, long terme, et barème progressif

Pour les entreprises individuelles ou les sociétés de personnes relevant de l’impôt sur le revenu, la logique est différente. On distingue les plus-values à court terme (sur des biens détenus depuis moins de deux ans, ou correspondant à la reprise d’amortissements déduits) et les plus-values à long terme (sur des biens détenus depuis plus de deux ans).

Les plus-values à court terme s’ajoutent au résultat imposable et sont taxées au barème progressif de l’impôt sur le revenu, auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux de 18,6%. Les plus-values à long terme bénéficient d’un taux réduit d’imposition, mais restent soumises aux prélèvements sociaux sur leur totalité. Si votre entreprise individuelle réalise un chiffre d’affaires modeste, des exonérations spécifiques peuvent s’appliquer avant même de parler de taux, ce qui change radicalement l’équation fiscale.

Faut-il opter pour le barème ou rester au PFU ?

C’est une question que beaucoup de dirigeants posent trop tard, souvent après la cession. Pour les sociétés à l’IS, vous avez la possibilité d’opter pour le barème progressif plutôt que pour le PFU. Cette option s’applique à l’ensemble de vos revenus mobiliers de l’année, pas uniquement à la plus-value de cession.

L’option pour le barème peut être avantageuse si votre tranche marginale d’imposition est inférieure à 12,8%, ce qui est rarement le cas lors d’une cession importante. Elle peut aussi s’avérer utile si vous détenez des titres acquis avant 2018 et que vous souhaitez bénéficier d’abattements pour durée de détention, qui atteignent 50% entre deux et huit ans de détention et 65% au-delà. Ces abattements ne s’appliquent pas dans le cadre du PFU. Le calcul mérite d’être fait au cas par cas avec votre conseiller, car les deux régimes peuvent mener à des écarts significatifs selon votre situation globale.

Quels dispositifs peuvent réduire cette imposition ?

La fiscalité de la cession n’est pas une fatalité. Plusieurs mécanismes permettent d’en réduire l’impact, parfois de façon substantielle. Encore faut-il les connaître avant de signer, car la plupart nécessitent une anticipation de plusieurs mois, voire de plusieurs années.

L’abattement de 500 000 € pour les dirigeants qui partent à la retraite

C’est le dispositif le plus puissant et le plus connu. Prévu à l’article 150-0 D ter du Code général des impôts, il permet aux dirigeants de PME partant à la retraite de déduire 500 000 € de leur plus-value imposable, quel que soit le mode d’imposition choisi (PFU ou barème progressif). La loi de finances pour 2026 a confirmé son maintien en l’état, sans le transformer en abattement réduit comme cela avait été envisagé : le dispositif court jusqu’au 31 décembre 2031.

Les conditions à remplir sont précises : vous devez avoir exercé des fonctions de direction de manière continue pendant au moins cinq ans avant la cession, céder l’intégralité ou la majorité de vos titres, et faire valoir vos droits à la retraite dans un délai de deux ans avant ou après la vente. La société doit par ailleurs être une PME au sens européen, c’est-à-dire compter moins de 250 salariés et réaliser un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros ou un total de bilan inférieur à 43 millions d’euros. Si toutes ces conditions sont réunies et que votre plus-value s’élève à 790 000 €, seuls 290 000 € resteraient imposables à l’IR. Les prélèvements sociaux, eux, restent dus sur la totalité.

Les exonérations pour les petites entreprises (article 151 septies)

Ce dispositif s’adresse exclusivement aux entreprises individuelles et aux sociétés de personnes à l’IR. Il prévoit une exonération totale ou partielle des plus-values professionnelles en fonction du chiffre d’affaires moyen réalisé au cours des deux exercices précédant la cession.

L’exonération est totale si vos recettes annuelles moyennes sont inférieures à 250 000 € pour une activité commerciale ou artisanale, et à 90 000 € pour une activité de prestations de services. Une exonération partielle s’applique jusqu’à 350 000 € (vente) ou 126 000 € (services). L’activité doit avoir été exercée pendant au moins cinq ans. Si votre entreprise entre dans ces seuils, c’est souvent l’exonération la plus simple à mobiliser, sans démarche complexe ni montage particulier.

Les prélèvements sociaux : non couverts par l’abattement

C’est le point que beaucoup de dirigeants découvrent avec surprise au moment du chiffrage définitif. Quel que soit le dispositif d’exonération ou d’abattement que vous mobilisez sur la partie impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux de 18,6% restent dus sur la totalité de la plus-value réalisée. L’abattement retraite de 500 000 €, par exemple, réduit uniquement la base soumise à l’IR, pas celle soumise aux prélèvements sociaux.

Concrètement, sur une plus-value de 790 000 € avec application de l’abattement retraite, vous êtes exonéré d’IR sur les 500 000 premiers euros mais vous payez tout de même 18,6% sur l’intégralité des 790 000 €, soit environ 147 000 € de prélèvements sociaux incompressibles. C’est un chiffre que vos simulations de produit net de cession doivent intégrer dès le départ.

Ce qu’il faut anticiper avant de signer la promesse de cession

La fiscalité de la cession se prépare, elle ne s’optimise pas dans l’urgence. Les dispositifs les plus efficaces, comme l’apport-cession à une holding avant la vente, nécessitent une mise en place plusieurs mois avant la signature — et les règles encadrant ce mécanisme ont été significativement durcies depuis le début de l’année 2026, ce qui rend l’accompagnement d’un spécialiste encore plus indispensable. D’autres stratégies, comme la donation de titres à vos enfants avant la cession pour purger la plus-value latente, impliquent une réflexion patrimoniale globale qui dépasse le seul cadre fiscal.

La question du mode de cession (titres ou actifs), du régime d’imposition (PFU ou barème), et des abattements mobilisables doit être tranchée bien en amont de la négociation avec l’acheteur. Chaque situation est différente selon votre âge, votre structure de détention, la forme juridique de votre société et vos projets post-cession. Pour une stratégie adaptée à votre situation, rapprochez-vous d’un conseiller en gestion de patrimoine ou d’un avocat fiscaliste spécialisé en transmission d’entreprise avant toute décision.

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